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mardi 4 septembre 2018

04:33

Forge d’un briquet médiéval avec Paulo Simoes

L’allumage de feu au silex remonte à la nuit des temps. L’homme a d’abord tiré parti de minéraux ferreux tels que la pyrite ou la marcassite avant de maîtriser le travail du métal. L’invention de l’acier (alliage de fer et de carbone) a permis la confection de briquets produisant de meilleures étincelles et simplifiant l’action d’allumage. Ces briquets dits « médiévaux » sont en effet percutés contre une arête tranchante de silex afin d’embraser un amadou. Ce dernier va fournir une braise qui sera transformée en flammes dans un nid fibreux.

Le briquet médiéval permet de produire des étincelles au contact d’un morceau de silex. Photo ©Alban Cambe

En visite chez le forgeron Paulo Simoes, nous avons pu assister à la naissance d’un briquet à silex forgé. Partant d’une chute de métal, on aboutit en quelques minutes à un objet joliment travaillé et fonctionnel.

« J’ai beaucoup échangé avec des troupes de reconstitution historique. commente Paulo. Mais désormais, je ne suis plus dans la reproduction, je préfère laisser libre court à mon imagination. Il ne faut pas perdre de vue l’usage du briquet en tant qu’outil. »

Traditionnellement, les briquets (ce mot est issu du Hollandais bricke signifiant pierre à feu) étaient forgés à partir de vieilles limes, l’acier trempé de ces objets ayant une bonne proportion de carbone. « La plupart des limes modernes sont cémentées, uniquement enrichies en carbone en surface, le métal à l’intérieur est médiocre pour réaliser des briquets ! Le seul moyen de s’en rendre compte, c’est d’échantillonner. »

Heureusement, Paulo aime chiner et parcourir les brocantes à la recherche d’acier de qualité. « C’était mieux avant » pourrait-on dire. Au-delà des vieilles limes, il est tout à fait possible d’utiliser de l’acier type XC75.

Les vieilles limes ont été traditionnellement utilisées en Occident pour forger des briquets médiévaux.©Alban Cambe

C’est donc en partant d’une vieille lime que l’on débute la réalisation. Celle-ci est placée à la forge jusqu’à prendre une couleur orangée tirant sur le jaune. Paulo rappelle qu’il existe une échelle de couleur qui peut indiquer la température de chauffe à une cinquantaine de degrés près.

Une forge à gaz permet une chauffe plus homogène et maîtrisable qu’une forge à charbon. Idéal pour les débutants. ©Alban Cambe

Dessinant à la craie sur son enclume, Paulo nous explique le principe de formation d’un angle dans le métal. Incandescent, celui-ci doit être percuté sur l’arête de l’enclume pour étirer une lentille qui deviendra une sorte de petite queue. Le travail du métal est réalisé au sortir de la forge tant qu’il reste rougeoyant.

« Plus on tape sur le métal, plus il reste rouge longtemps ! Ça fait parti des petits défis que l’on se lance entre forgerons. »

Dessin à la craie pour expliquer le détachement d’une lentille sur la lime.©Alban Cambe

Dès que le métal redescend en température, il faut le replacer à la forge. Quelques secondes de travail pour quelques minutes de chauffe s’alternent régulièrement. Peu à peu, une lentille se détache de l’extrémité de la lime. Elle doit être constamment redressée, réorientée, disciplinée durant tout l’allongement jusqu’à atteindre la taille souhaitée.

Paulo Simoes dans son élément, il travaille plusieurs pièces à la fois pour ne pas avoir à attendre durant les périodes de chauffe.©Alban Cambe

Travaillant habituellement plusieurs pièces à la fois, Paulo prend le temps entre chaque chauffe de nous expliquer le pourquoi de ses gestes. Il dessine à la craie de Briançon, qui résiste à la chaleur, sur la lime pour nous montrer où il souhaite couper l’objet. Une tranche d’enclume est mise en place, malgré son aspect de ciseau massif, il faudra frapper la lime longuement pour l’amincir puis la plier sur la zone de fragilité avant de pouvoir, enfin, décrocher la pièce qui sera le futur briquet.

La lime est coupée à l’endroit voulue en la frappant entre une tranche d’enclume et le marteau. ©Alban Cambe

Constamment redressé et aplati, le briquet prend forme. À chaque percussion, des lèvres peuvent se former ou l’objet perd de sa planéité. Il faut ainsi maîtriser le matériau avant de procéder aux étapes suivantes. Encore rougeoyant, celui-ci se voit apposer le poinçon de l’artisan : les lettres « P.S »

Le briquet doit constamment être aplani et retravaillé pour lui donner une forme régulière.©Alban Cambe

On souhaite réaliser une volute torsadée. Pour cela, on commencera par vriller la queue à l’aide d’un étau et d’une pince avant de venir travailler sur la bigorne de l’enclume pour former des enroulement. Cette dernière étape, délicate fait appel à un marteau plus léger, nous montrant ainsi que le travail de forgeron sait aussi être subtil.

Le métal est vrillé à l’aide d’un étau et d’une pince. Notez les croûtes de calamine. ©Alban Cambe

 Enroulement au bord de l'enclume et sur la bigorne. La volute est formée. ©Alban Cambe

 La forme générale de l’objet est donnée, il faut encore le passer à la bande abrasive et tremper le métal. ©Alban Cambe

Il s’agit désormais de peaufiner l’objet et de le rendre fonctionnel. Si la forme finale est acquise, le métal doit encore subir quelques (mauvais) traitements avant de pouvoir fournir d’éblouissantes étincelles. Le premier d’entre eux est le passage au backstand : une machine sur laquelle sont montées des bandes abrasives, le tout est entraîné par des moteurs de 2CV (sic) et permet ainsi d’éroder progressivement le métal. C’est un passage obligé dans la réalisation de couteaux pour obtenir une forme précise ou pour façonner les émoutures. Le briquet médiéval doit venir racler contre une arête de silex, cette surface de contact doit ainsi être lissée, les aspérités liées au façonnage brut de forge empêcheraient d’obtenir des étincelles.

 Le passage au backstand offre au briquet une surface de percussion nette et précise. ©Alban Cambe

La dernière étape, peut être la plus importante, arrive. Le briquet est remis en chauffe, Paulo prépare une écuelle d’eau tiède. Le but de la manœuvre est d’offrir un tranchant solide au silex, la trempe va permettre de rigidifier l’acier sur la surface de frappe. On parle de trempe sélective puisque, ici, seule la partie percussive du briquet va être placée dans l’eau afin que le reste de l’objet conserve des propriétés de résilience. « Si l’on trempait tout le briquet, il deviendrait cassant au niveau de la volute. »
 La trempe est sélective, seule la partie qui sera au contact du silex va être placée dans l’eau. ©Alban Cambe

Finalement, l’objet est légèrement poli, il conservera son aspect « brut de forge ». Immédiatement testé dans l’atelier, il remplira sa fonction avec brio lors des sorties bivouac et Bushcraft. On remarquera sur les côtés une texture en croisillons, adoucie par le travail du marteau, témoignage de l’objet de départ. « Je fais des briquets un peu épais, les gens préfèrent quand l’objet est massif. Alors qu’en fait, la surface qui s’use à chaque fois est limitée. Ce qui compte, c’est plutôt la profondeur. » ajoute Paulo.

Les briquets médiévaux se retrouve dans la culture Européenne depuis l’antiquité. On peut en lire une mention dans l’oeuvre de Victor Hugo, « Les Misérables » lorsque Jean Valjean ramène la petite Cosette dans la maison Gorbeau ou dans la chanson « Au clair de la Lune » : « Va chez la voisine, Je crois qu'elle y est, Car dans sa cuisine, On bat le briquet.» Ces objets ont ainsi démontré leur valeur durant une période de plus de 2000 ans. Ils seront cependant rapidement détrônés par les allumettes suédoises, plus pratiques, permettant l’obtention directe d’une flamme, qui s’imposeront en 1890 en France.

 Le briquet médiéval, terminé, dans la main de son créateur. On devine encore la texture de la lime sur les côté. ©Alban Cambe



Paulo Simoes est forgeron, il transmet sa passion au-travers de stages dans la forge du Menez-Hom en Bretagne. Vous pouvez le retrouver sur les réseaux sociaux et sur son site : simoespaulo.com

Un grand merci à lui pour l'accueil et pour m'avoir mis la main à la pâte.

vendredi 3 août 2018

07:30

Bootcamp : Krav Maga et Bushcraft

Stage de rentrée exclusif en Île-de-France (Yvelines) !

Un week-end mêlant Krav Maga (self-défense) et Bushcraft (et/ou Survie dans la nature) :
- Emmanuel Espérou : ceinture noire, 2ème Darga de Krav Maga FEKM (association Talion Krav Maga).
- Alban Cambe : Formateur Bushcraft (association Nature Aventure Survie), auteur et collaborateur pour le magazine Survival.


Les participants seront initiés aux techniques de défense face à des assaillants armés ou non (mains nues, bâtons, couteaux, armes à feu) tout en découvrant les ressources naturelles au-travers de diverses activités emblématiques : allumage de feu, bivouac, purification de l'eau, etc...

Pour toute demande d'information, vous pouvez contacter le club Talion Krav Maga aux coordonnées indiquées sur l'affiche.

Bonnes vacances, bon Bushcraft !

dimanche 17 juin 2018

09:00

Le Nid : Berceau des flammes

De nos jours, l’obtention d’une flamme est aisée: allumette ou briquet à gaz nous facilitent amplement la tâche. Pourtant, depuis l’âge de pierre jusqu’au XIXème siècle, l’humanité a principalement utilisé des méthodes d’allumage de feu que l’on pourrait qualifier d’indirectes avec des techniques ne créant qu'une braise. Le rôle du nid est alors d'autoriser la transformation de la braise en véritables flammes.

Un nid constitué de papier bouleau, d'ajoncs et de bruyères.
Remarquez la braise en son sein. Photo ©Alban Cambe


Il est possible d’obtenir du feu en plaçant directement la braise dans un nid d’herbes sèches ébouriffées. Cependant, en conditions humides, l’opération sera plus que difficile c’est pourquoi il peut être judicieux de « booster » ce simple fagot de fibres pour en faire un outil hautement efficace. Le rôle de votre nid, afin de maximiser vos chances de réussite en toutes occasions, sera de :
  • Consolider et étendre la braise.
  • Transformer la braise en flammes.
  • Faire perdurer la combustion et les flammes le temps de bâtir un foyer digne de ce nom.

Souffler sur la braise permet de transmettre la combustion aux matériaux du nid. 
Photo ©Alban Cambe


Avec une bonne sélection des matériaux, le nid facilite grandement la formation de flammes. 
Photo ©Alban Cambe

La vidéo suivante a pour but de montrer qu'un panel important de matériaux naturels peut être mis à profit en toute saison et/ou conditions climatiques. Il est difficile d'être exhaustif, je ne vous présente que les éléments que j'ai personnellement testés.

Bon visionnage, bon Bushcraft !

La fabrication détaillée du nid est présentée dans l'ouvrage "Nature Aventure Survie : guide pratique du Bushcraft" :

lundi 28 mai 2018

01:14

Rencontre avec Boris (TechSurv) au Salon du Survivalisme

Le salon du Survivalisme fut l'occasion de rencontrer quelques personnalités bien connues sur Youtube. Voici quelques extraits et quelques reportages qui retracent ce week-end.


Extrait 1 : Fin de la conférence

Extrait 2 : Rencontre avec Boris

Reportage en entier (50:21)

Bon visionnage, bon Bushcraft !


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vendredi 25 mai 2018

02:14

Camps de survie, le nouvel engouement pour la vie sauvage

Le 24 mai 2018, j'étais l'invité de l'émission "7 milliards de voisins" sur RFI pour discuter de la "mode" du survivalisme, de la survie et du Bushcraft.



Ce fut l'occasion de revenir sur quelques mythes et de remettre à plat certaines conceptions erronées sur ces milieux aussi variés que complexes. Les clichés sont légions dans le monde très large de la "Survie" et sont malheureusement souvent véhiculés par les médias (on pensera aux travaux d'un "sociologue" en particulier). On notera l'intervention de mon amie Laurence Talleux, spécialiste des plantes sauvages.



Vous pouvez écouter l'intégralité de l'émission en suivant CE LIEN.


jeudi 17 mai 2018

12:35

Stage de Bushcraft - camp de printemps 2018

Les 12 et 13 mai dernier s'est tenu le stage de Bushcraft de l'association "Nature Aventure Survie".


Malgré une météo un peu capricieuse durant la soirée du samedi, les stagiaires ont pu découvrir différentes méthodes pour allumer un feu, cuisiner des plantes sauvages, construire des abris, etc...

Un bon moment passé en famille et dans un groupe fort sympathique !

Prochain stage : les 25 et 26 août 2018
sur le terrain de l'association PSA Ropenard (Ille-et-Vilaine)
pour vous inscrire, c'est par ici !

Cliquez sur les photos pour les agrandir.














Pour vous inscrire à un prochain stage ou une sortie, utilisez le formulaire de contact (Rubrique CONTACT --> M'ECRIRE UN MAIL) ou visitez les pages "STAGES" ou "SORTIES".

lundi 30 avril 2018

02:14

Beignets d’inflorescences de sureau

Au printemps, les fleurs de sureau parfument l'air avec une note de miel fort agréable. Cet arbre est réputé pour ses baies noires (chez le sureau noir) qui ne doivent pas être confondues avec celles du sureau hièble toxique. Les baies sont utilisables pour nombre de recettes (confitures, gelées, coulis, sirops...) et vous pouvez découvrir la recette de la tarte pomme / sureau en cliquant sur ce lien.

Le sureau noir fleurit au printemps Photographie ©Alban Cambe

Le sureau noir (Sambucus nigra) est un arbre, c'est-à-dire qu'il comporte un tronc ligneux (fait de bois) à l'écorce claire tirant sur le jaune et à l'apparence tigrée. Son bois est creux et renferme une moelle spongieuse blanche. Le sureau hièble (Sambucus ebulus) est une plante herbacée qui ne présentera jamais un tronc avec du bois. Au-delà des simples période de floraison / fructification, la confusion est donc peu probable.


Feuille et inflorescence de sureau noir Photographie ©Alban Cambe

Le sureau noir présente des tiges épaissies de bois et un vrai tronc. Photographie ©Alban Cambe

La floraison du sureau noir survient au printemps et ce sont bien les fleurs qui seront utilisées dans nombre de recettes (limonades et vins parfumés). Les beignets de fleurs de sureau sont simples à réaliser dès le mois d'Avril / Mai. Aucun risque de confusion pour qui est attentif, le sureau hièble ne fleurit que vers la fin de l'été.

Une inflorescence de sureau est composée d'une multitude
de petites fleurs blanches Photographie ©Alban Cambe

Recette de beignets de fleurs de sureau :
  • Farine
  • Jaune d’oeuf
  • Eau
  • Cassonade
  • Inflorescence de sureau
  • Huile végétales
  1. Mélanger la farine, le jaune d’œuf et l’eau pour obtenir une pâte homogène.
  2. Tremper les inflorescences de sureau dans ce mélange en les tenant par le pédoncule.
  3. Faire frire l’ensemble dans une poêle.
  4. Déguster tiède, accompagné de cassonade.
Les beignets d'inflorescences de sureau, un délice printanier !  Photographie ©Alban Cambe


On pourra noter que les inflorescences de sureau sont réputées dans la pharmacopée traditionnelle pour leurs vertus expectorantes (en infusion) et ont été prescrites pour de nombreuses affections de la sphère ORL (sinusites, bronchites, grippe, rhume...).

Davantage de recettes et de plantes sauvages dans le livre "Manger sauvage" ou dans le livre "Nature Aventure Survie : guide pratique du Bushcraft" de votre serviteur.

 

Bon appétit, bon Bushcraft !

jeudi 5 avril 2018

03:45

Conférence : l’art ancestral de la navigation naturelle

Voici l'enregistrement de la conférence du 24 mars 2018 au Salon du Survivalisme, de l'autonomie et du développement durable sur le thème de la navigation naturelle.

La vidéo a été diffusée en live sur Facebook et filmée par les organisateurs, la qualité de l'image et du son laisse à désirer. J'espère néanmoins que le thème abordé vous plaira !



Pour commander le livre "L'art ancestral de la Navigation Naturelle : s'orienter sans boussole ni GPS", cliquez sur l'image ci-dessous.

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Bon visionnage, bon Bushcraft